[ jeudi 30 novembre 2006 - quotidien, vietnam]
Lorsque je rentre du Vietnam, nombreux sont ceux qui me demandent ce que j'ai pu faire "là-bas", si j'ai visité des sites intéressants... Je réponds invariablement que je n'ai rien fait de spécial et que je suis resté à Hanoi, comme d'habitude, et que je n'ai pas eu le temps d'aller me balader ailleurs.
Je vois bien qu'ils se demandent ce que je peux bien faire de mes journées, ce billet leur apportera peut-être un début de réponse, ou un étonnement encore plus grand...
Les hauts-parleurs de propagande installés au carrefour sur lequel donne ma fenêtre me réveillent avant 8h. La fenêtre est pourtant fermée, il fait désormais assez froid, mais elle ne joint pas avec le mur...
La musique - toujours la même - précède le débit énervé (le vietnamien est une langue très tonale) de la voix de l'orateur qui répête chaque matin jusqu'à l'écoeurement le même discours, conseils d'hygiène ou dernière grande réussite en date du petit pays le plus grand du monde - en l'occurence l'adhésion à l'OMC probablement. Le tout dans l'indifférence générale, bien sûr.
Un coup d'oeil à mon portable me confirme l'heure, une douche rapide et me voici dans la rue, pour aller manger mon petit déjeûner, presque invariablement des bun moc, vermicelles de riz blanc, boulettes de calamar, jarrets de porc émincés et petits légumes dans un bouillon brûlant. Je me régale. Avec un peu de chance il y a également du bambou séché, à l'odeur d'urine prononcée lorsqu'il est en fagots sur les plateaux des palanches des paysannes, mais délicieux dans le bouillon.
Retour à l'hôtel, un peu de lessive dans le lavabo de la petite salle de bain de la chambre. Je suspends deux t-shirts aux cintres douteux de la terrasse sur laquelle donne ma chambre. Cette terrasse est mon luxe, l'air et la surface sont ici rares, et la plupart des autres clients de l'hôtel ne restant qu'une nuit ou deux, je suis un peu chez moi dans cet espace clos de grilles et de barbelés, comme toutes les terrasses ici.
Je passe voir les femmes de ménage pour renouveler mon thermos d'eau bouillante et me faire du thé vert. Chance, celui qui est à disposition sur la terrasse est plutôt bon, pas trop astringeant. Il ne donne pas cette impression de boire l'eau de cuisson des épinards que l'on a parfois avec le thé vert ordinaire.
Je travaille un peu sur l'ordinateur en sirotant de petites tasses de thé. L'autre jour, le gérant de l'hôtel me dit fièrement qu'il y a désormais internet dans les chambres. En effet, m' explique-t-il sans rire, le grand hôtel situé dans le bloc voisin a installé le wifi, et nous devrions être couverts...
Evidemment ça ne marche pas, l'autre hôtel est trop loin, ou ce n'est qu'un projet, ou que sais-je encore. Je descends donc dans le hall me connecter avec mon câble ethernet lorsque je veux accéder au réseau.
Dix heures, les femmes de ménage passent faire la chambre. Je mets la poubelle bien en évidence au milieu de la pièce, sinon elle ne sera pas vidée. Le lit est retendu, le drap du dessus bien plié. L'une d'elles jette un coup d'oeil dans la salle de bain, mais je lui fais comprendre qu'il est inutile qu'elle y passe ce matin, c'est suffisament propre. En fait, elle ne fait que passer un balai à franges qu'elle traîne derrière elle dans le couloir et qu'elle rince à l'eau claire. Il est noir de crasse et dans l'ensemble, l'opération à tendance à apporter dans la chambre des cheveux qui ne m'appartiennent pas, je préfère donc en limiter la fréquence [1].
Onze heures trente, je descends répondre aux mails d'hier soir (il est cinq heures trente du matin en France). Je regarde un peu les actualités sur les sites des grands journaux, mais franchement peu de choses éveillent mon intérêt, rien de tel qu'un peu d'éloignement pour prendre la mesure de la petitesse de certains débats.
Vers midi André arrive de chez lui (il passe trois mois par an ici et a donc son appartement de l'autre côté du lac, à 20 minutes environ en vélo). Il regarde également ses mails car il n'y a pas d'internet chez lui et nous allons boire une bière au coin de la rue, puis manger "an com viêt nam" - littéralement manger le riz vietnamien" au bout de Dinh Liet, vers le lac. Ce petit établissement n'est pratiquement fréquenté que par des vietnamiens, la nourriture y est traditionnelle et excellente, inutile de chercher ce qu'on mange ici dans un restaurant sino-vietnamien en France, cela n'a rien à voir. L'ambiance de ruche bourdonnante survoltée est incroyable, on mange vite, on paye et on s'en va pour faire de la place aux suivants qui attendent souvent debout devant la petite table. Évidemment, on mange au ras du sol sur le trottoir, dans le bruit incessant et les gaz d'échappement des motos qui embouteillent en permanence cette rue très commerçante...
Un petit thé sur la terrasse, et chacun chez soi pour la sieste... quarante-cinq minutes de vrai sommeil, ça suffit.
Activités variées jusqu'à quatre heures, un peu d'écriture, calligraphie, lecture, ... et j'enfourche mon vélo pour rejoindre André chez lui. A cette heure, les rues ne sont pas encore trop encombrées, pourtant le trajet est parfois assez épique et il faut se frayer un chemin parmi les "trains de cyclos" chargés de touristes et d'une lenteur exaspérante, les cyclos à vide qui eux foncent le plus vite possible à leur point d'attache pour ne surtout pas rater une course, les petites motos dans tous les sens, les autobus au panache de fumée noire, les taxis qui comme dans toutes les capitales du monde ne tiennent aucun compte des autres usagers, les gamins qui courent dans tous les sens aux sorties d'écoles... le tout dans un vacarme incessant d'avertisseurs.
J'arrive chez André et nous passons la fin de l'après-midi à discuter et travailler autour d'une théière fumante. Les discussions portent sur l'art bien sûr, mais aussi sur le cinéma ou la musique et sont nourries par les corrections des mouvements que je travaille, les souvenirs du vieux Maître. Elles sont émaillées de plaisanteries et de rires. Son appartement est en fait une grande pièce de trente mètres carrés environ, très peu meublée, avec une cour et une petite cuisine-salle de bain de neuf mètres carrés chacune.
Ce soir je reste dîner, Hanh ramène de la poitrine de porc bouillie, quelques herbes et prépare un bouillon avec une sorte de légume qui ressemble à une grosse courgette, et un plat de ciboule sautée avec des tomates et de l'ail. Du riz blanc accompagne bien sûr l'ensemble. Nous mangeons sur la petite table basse, assis en tailleur à même le sol carrelé.
Aprés un petit thé, je m'éclipse pour rentrer en vélo, la nuit est le moment le plus agréable pour parcourir les grandes avenues, il y a beaucoup moins de monde et il fait frais. Arrivé à l'hôtel, il est encore tôt, j'écoute un peu de musique en attendant l'heure de voir si quelqu'un de France est au rendez-vous sur internet.
| [1] | Il n'est bien sûr pas question ici pour moi de dénigrer quoi que ce soit, c'est comme ça, c'est tout, et pour sept euros cinquante la nuit, j'aurais bien tort de me plaindre... |
A Django site.